Pascale Guinet nous propose de nous approcher de la galerie “La salle de bain” en traversant un long
couloir avec la conscience aiguë de pénétrer dans un territoire peut-être interdit.
A l’interieur l’endroit est sinistre, l’isolement est sévère. Aucune trace de présence humaine, mais la reconstitution, la transposition d’une anti-chambre, d’un
anti-acte. Un état des lieux d’une situation post-mortem. Le public prend alors place dans ce que l’on appelle “the witness room”, c’est à dire la salle des témoins. Là, une
fenêtre d’où l’on peut voir une salle d’execution, à l’iréalité d’une photo sur papier glacé. Un emprunt fait à une réalité construite pour être donné a vivre aux frontières du
virtuel.
L’installation propose une rigoureuse formalisation du cadre de confrontation, cadrage, lumière, casting... Pascale Guinet piège le corps et le regard du visiteur,
astreint au face à face. Témoin, complice, rinçeur, l’oeil se rassure dans la distance vitrée imposée avec “l’autre”, mais se surprend à experimenter en spectateur un réel poussé
à la transgression.
En effet, si la mise à mort s’avoue déjà forfaiture, ça touche à l’ineffable lorsqu’une société s’évertue à parfaire l’acte d’exécution en institution, paré de légitimité
judiciaire. Comble du déni, l’espace d’exécution se refuse à la tache, à l’accidentel, à la moiteur, au sensible...Effroi d’un esthétisme, épouvante du prémédité, cadré, calé, composé, mis en
scène, l’installation de Pascale Guinet se vise et se projette épreuve de simulation. Opératoire, l’espace épuré à outrance, lissé, poli, blanchi, hygienique, chirurgicale,
proclame en défense la virginité de l’acte.
Histoire de rendre supportable, soutenable ou défendable, colpôrtable et même assumable l’acte par le contentement de l’indolore, de l’insonore, de l’inodore, de l’incolore et
par l’esthétique froide et insensibilisante du moindre mal clinique.
De sa capacité à dé-stéréliser les questionnements, à de-tranquiliser conscience et accoutumance, à resentir l’insoutenable, c’est l’experience de mesure proposé
par Pascale Guinet en s’inscrivant dans la continuité d’un travail entrepris autour de la cohabitation paroxystique des lustres et noirceurs de la société américaine.
Aborder le pendant d’un imaginaire construit autour du scintillant, du juste, du glorieux, c’est l’épreuve d’affrontement à laquelle nous soumet cette installation.
MHF-JN
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